Rosalind Franklin et la véritable découverte de l’ADN découverte de l’ADN

, par  Amessi , popularité : 10%

A l’occasion des 50 ans de la découverte de la structure de l’ADN, le documentariste Garry Glassman écorne la légende en restituant à sa juste place l’œuvre de Rosalind Franklin.

Rosalind FRANCKLIN
ADN

En 1963, lors de la remise du prix Nobel de médecine aux Britanniques Francis Crick et Maurice Wilkins et à l’Américain James Watson pour leur découverte de la structure de l’ADN, une personne n’est pas de la fête : « la chimiste Rosalind Franklin.
 »

Il faut dire que la jeune femme a eu la mauvaise idée de mourir quatre ans plus tôt. Ce qui permet au trio de passer sous silence sa contribution à « leur » découverte.

Pur produit à la fois de la haute bourgeoisie juive anglaise, intellectuelle et commerçante, et de l’université de Cambridge, Franklin a tout pour énerver.

Trop douée : ses clichés du schéma de diffraction de l’ADN, obtenus par cristallographie aux rayons X, sont ce qui se fait de mieux. Trop indépendante : dès son arrivée en 1950 au laboratoire de King’s College, elle se heurte à son collègue Wilkins qui espérait en faire son assistante.

Trop directe : elle ruine les recherches entreprises dans le laboratoire concurrent Cavendish à Cambridge par Watson et Cricks, dont elle ne comprend pas, dans sa rigueur expérimentale, l’empressement à proposer un modèle théorique en trois dimensions de la structure de l’ADN.

C’est qu’elle n’a pas saisi que la course à l’une des plus grandes découvertes du siècle était ouverte, et qu’elle en détenait des éléments clés.

Ayant fait cause commune, les futurs nobélisés se procurent à l’insu de la jeune femme l’un de ses meilleurs clichés. Armé d’un rapport non publié dans lequel elle formule l’hypothèse de la fameuse structure hélicoïdale de l’ADN, le trio finalise le modèle et tire les marrons du feu grâce à une retentissante publication dans le magazine Nature...

Dix ans après la mort de Rosalind Franklin, Watson obtient la palme de la muflerie - totalement méritée, cette fois - en immortalisant dans son best-seller La double hélice, la « terrible Rosie » sous les traits d’une harpie moche et incompétente. C’est ainsi que s’écrit l’histoire des sciences......


Un documentaire a été réalisé par Stéphane Paoli. Réalisé par Gary Glassman. Produit par Nova pour WGBH Boston Science Unit. Coproduit par France 2, CNRS Images/Media et BBC.

Avril 2003 marque les 50 ans de la publication de la revue scientifique Nature dans laquelle trois hommes - James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins - annoncent la découverte de la célèbre structure en double hélice de l’ADN.

Mais la plupart des comptes rendus de ces travaux, lauréats du Prix Nobel, omettent la contribution d’une biologiste moléculaire et cristallographe : Rosalind Franklin.

Elle était morte quatre ans auparavant, à l’âge de 37 ans. Son cancer était probablement le résultat d’une surexposition aux radiations qu’elle utilisait pour faire ses remarquables clichés aux rayons X.

Pourquoi Rosalind Franklin n’a-t-elle jamais été reconnue pour sa contribution ? Comment ces trois hommes ont-ils eu accès à ses données ? Qui était cette femme pionnière travaillant dans le monde dominé par les hommes de la recherche scientifique ?


Ce film éclaircit le mystère caché derrière la découverte de la double hélice de l’ADN et enquête sur le rôle déterminant que Rosalind Franklin joua dans l’une des plus grandes découvertes de l’histoire de la science.

50 ans déjà...

« Nous souhaitons suggérer une structure pour [...] l’acide désoxyribonucléique (ADN). Cette structure présente de nouvelles caractéristiques qui sont d’un intérêt biologique considérable ». 25 avril 1953, la revue Nature publie les résultats de deux jeunes chercheurs James.D. Watson 25 ans et F.H Crick 37 ans, décrivant une proposition de structure en double hélice de la molécule d’ADN. Une découverte cruciale puisque l’ADN (l’acide désoxyribonucléique) joue un rôle primordial dans l’hérédité en contenant sous forme codée toutes les informations nécessaires à la vie d’un être vivant.

50 ans plus tard, voici l’histoire officielle de cette inestimable avancée...

Cette révélation s’appuie sur des conclusions essentielles du début du siècle. 1869, Miescher découvre la Nucléine, constituant primordial du noyau des cellules. 1900, Kossel isole du noyau deux acides nucléiques, l’acide désoxyribonucléique (ADN) et l’acide ribonucléique (ARN). Plus tard, en 1909, Levene révèle l’unité de base de l’ADN et de l’ARN le nucléotide : il est constitué d’un ribose, d’une base azotée (adénine, guanine cytosine, thymine ou uracile) et d’un phosphate, l’ensemble est associé en longue chaîne. 20 ans plus tard, Griffith est à l’origine d’une transformation bactérienne et identifie déjà l’ADN comme support de l’hérédité.

En 1944, les travaux de Avery, Mac Leod et Mac Carthy confirment les premiers résultats de Griffith et instaure officiellement l’ADN comme support de l’information génétique, support de l’hérédité.

Dès les années 50, les révélations s’intensifient. Chargaff découvre une complémentarité entre les bases azotées de l’ADN, A = T et C = G. Au King’s College les chercheurs et parmi eux Rosalind Franklin et Maurice Wilkins, observent la structure de l’ADN par diffraction aux rayons X.

Un trait de génie, une association d’idées et l’analyse précise de ces résultats ont permis à Watson, Crick et Wilkins de révéler la structure en double hélice anti-parallèle et de proposer un modèle moléculaire tridimensionnel de la molécule ADN. Consécration finale, en 1962, ils reçoivent le Prix Nobel de Médecine.

Une découverte fondamentale pour l’humanité et pour la communauté scientifique puisqu’il induit par la suite la publication de nombreuses découvertes et le décryptage de la totalité des mécanismes moléculaires de l’expression génétique : réplication de l’ADN, transcription des ARN (1961 : Jacob et Monod), le code génétique (1966 : Khorana et Nirenberg). 10 ans plus tard, mise au point de la première technique de séquençage de l’ADN par Sanger et Gilbert. S’ensuivent le séquençage en 1995 d’une bactérie Haemophilus influenza, en 1999 celui d’une mouche la drosophile et en 2000 une approche du génome humain est présenté par une société américaine Celera Genomic. Le 1er janvier 2003, le Consortium international pour le séquençage du génome humain composé par l’Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, la France, le Japon, le Royaume-Uni annonce que l’ADN est officiellement entièrement décodé.

Pour en savoir plus, plongez vous dans les archives de l’INA et retrouvez toutes les informations et les vidéos d’archives sur « Le secret de la vie », « Watson et Crick, Prix Nobel de Médecine », « La structure de l’ADN », « Aux portes du savoir », « visions microscopiques », « La Biologie moléculaire », « Doit-on avoir peur de la génétique ? », « Le Biodisque ou la science au quotidien »...

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